Les Knicks en Finales NBA : Autopsie d’une Résurrection Annoncée

Si la tension n’était pas déjà à son comble, le propriétaire de la franchise, James Dolan, s’était chargé d’en rajouter une couche en janvier dernier. L’enjeu était limpide : atteindre les sommets ou subir un grand ménage de printemps. Lors de sa première sortie médiatique en deux ans, sur les ondes de WFAN 101.9 FM, l’homme de 70 ans avait planté le décor avec une froideur analytique. Il fallait aller en Finales, point barre. À ce moment précis, la déclaration frisait l’inconscience. New York traversait un trou d’air inquiétant, enchaînant trois revers de rang avant de se faire atomiser de 31 points par Détroit, quelques heures seulement après cette fameuse interview. Pendant un instant, l’ironie du sort semblait frapper de nouveau, prête à transformer la saison la plus attendue du siècle en une vaste blague. La disette de la franchise, vieille d’un demi-siècle, paraissait partie pour hanter encore de nombreuses générations.

Mais tout cela n’était que du vent. La réalité du terrain est implacable : pour la première fois depuis 1999, les New York Knicks filent en Finales NBA. Et avec la manière, puisqu’ils viennent de coller un humiliant coup de balai aux Cleveland Cavaliers, parachevé lundi soir par une victoire écrasante de 130 à 93. Les chiffres donnent le tournis. Sur cette campagne de playoffs, New York a remporté tous ses matchs de clôture de série par au moins 30 points d’écart (après avoir détruit Atlanta de 51 points au premier tour et Philadelphie de 30 au second), affichant une insolente marge de victoire moyenne de 23,7 points. Face aux Cavs, Karl-Anthony Towns a posé un véritable chantier dans la raquette avec 19 points et 14 rebonds, parfaitement secondé par les 17 unités d’OG Anunoby. « Le mot ‘espoir’ avait disparu du vocabulaire des Knicks depuis un bail. Faire partie du groupe qui ravive cette flamme, c’est quelque chose de spécial, » a lâché Towns.

Preuve de l’euphorie ambiante, le coach Mike Brown s’est même payé le luxe de sortir ses titulaires à près de huit minutes du buzzer final, alors que son équipe affichait 35 points d’avance. Dans les gradins de Cleveland, les fans new-yorkais ayant fait le déplacement ont rapidement couvert la salle de leurs chants, donnant au parquet des airs d’annexe du Madison Square Garden. Les figures hollywoodiennes de New York — Spike Lee, Tracy Morgan, Fat Joe, Ben Stiller, ou encore Timothée Chalamet accompagné de Kylie Jenner — ont envahi le terrain. L’espace d’un instant, le vernis de la célébrité s’est effacé pour laisser place à de simples mordus de la balle orange, soulagés de voir les sombres époques de Toney Douglas et Ron Baker définitivement reléguées aux oubliettes.

Au centre de ce chaos festif, Jalen Brunson a une nouvelle fois attiré la lumière. Élu MVP de la finale de conférence (25,5 points et 7,8 passes décisives de moyenne), le meneur a vu les légendes Walt « Clyde » Frazier et Patrick Ewing s’emparer du trophée Bob Cousy avec leurs immenses paluches pour le lui remettre en personne. « Il perpétue la tradition, » a glissé Frazier, l’œil admiratif. « Mais comme nous le répétait Red Holzman à l’époque : on n’a encore rien gagné ! »

En conférence de presse, l’ambiance était à la franche camaraderie. Brunson, Mikal Bridges (15 points) et Josh Hart étaient attablés côte à côte dans une scène qui rappelait furieusement leurs années de gloire à Villanova, où le trio empilait déjà les titres universitaires. Interrogé sur l’ultimatum imposé par Dolan cet hiver, Hart n’a pas pu s’empêcher de manier l’ironie : « On avait plutôt intérêt à y aller, sinon on allait tous être tradés. Plus sérieusement, ce n’était pas vraiment de la pression, c’est juste notre objectif et ça ajoute du carburant à notre feu intérieur. »

Cette alchimie collective a pris forme grâce à la patte tactique de Mike Brown. Arrivé sur le banc après le départ de Tom Thibodeau (limogé suite à la défaite en six matchs contre Indiana l’an passé), Brown retrouve les Finales pour la première fois depuis 2007, époque où il dirigeait ironiquement… Cleveland. Sa machine tourne à plein régime. Les Knicks surfent sur une série de 11 victoires consécutives en postseason, un rouleau compresseur que seuls les inarrêtables Warriors de 2017 avaient surpassé (avec 15 succès de rang). Face aux Cavs, la domination athlétique a été totale : un écart lunaire de 32 à 5 sur les points de la seconde chance et de 33 à 9 sur jeu rapide. L’entame de match avait pourtant souri à l’Ohio, Donovan Mitchell (auteur de 31 points) inscrivant les huit premiers points de son équipe pour mener 17-14. Mais New York a répondu par un « run » assassin de 20-0 en cinq minutes, porté par un Landry Shamet incandescent en sortie de banc (16 points, achevant la série sur un irréel 11/12 à trois points). Pendant que les Knicks rentraient tout, Cleveland multipliait les briques et les pertes de balle. Le coach adverse, Kenny Atkinson, a fait preuve d’une lucidité résignée : « Ils marchent sur l’eau en ce moment. Je ne veux pas minimiser ce que nous avons accompli, mais il faut savoir rendre hommage à l’adversaire. »

La franchise aux deux bagues (la dernière remontant à 1973) s’apprête donc à disputer ses troisièmes Finales depuis ce lointain sacre, après les échecs de 1994 contre Houston et de 1999 contre San Antonio. Dès le 3 juin prochain, New York ira défier le vainqueur de la féroce bataille de l’Ouest opposant le champion en titre, le Thunder d’Oklahoma City, aux Spurs. Cette série étant pour l’instant à égalité avec un match 5 prévu ce mardi dans l’Oklahoma, le futur adversaire des Knicks disposera quoi qu’il arrive de l’avantage du terrain. Mais vu la dynamique actuelle de cette équipe, jouer à l’extérieur ne ressemble plus à un obstacle, c’est devenu une formalité.