Sans communiqué ni conférence de presse, Waymo, la filiale d’Alphabet spécialisée dans la conduite autonome, a discrètement posé un premier jalon administratif dans la capitale française. Une société baptisée « Waymo France » a été créée le 23 juin 2026, à deux pas des Champs-Élysées, avant d’être officiellement immatriculée au Registre national des entreprises (RNE) de l’Institut national de la propriété industrielle (INPI) six jours plus tard, le 29 juin. L’information, révélée début juillet par le compte spécialisé X Road to Autonomy, a depuis été relayée par plusieurs médias économiques français.
Une SARL discrète près des Champs-Élysées
Selon les registres officiels, Waymo France a été enregistrée sous la forme d’une société à responsabilité limitée, domiciliée au 95 rue La Boétie, dans le 8ᵉ arrondissement de Paris. Deux dirigeants américains, Kelly Francis et Steven Hahn, y sont désignés comme gérants. Le montant du capital social diffère selon les sources consultées certaines évoquant 10 000 euros, d’autres 100 000 euros un point qui mérite confirmation directe auprès du registre.
Pour l’heure, aucun véhicule autonome n’a été repéré sur les routes françaises, et l’adresse parisienne ne correspond qu’à un simple siège administratif.
Ce que dit (et ne dit pas) l’objet social
Contrairement à d’autres filiales européennes de l’entreprise, l’objet social de Waymo France ne laisse guère de place au doute. Les statuts mentionnent explicitement le transport régulier urbain et suburbain de voyageurs par route au moyen de véhicules autonomes, ainsi qu’un volet d’accompagnement d’offres commerciales tierces liées à ce type de services. Autrement dit, l’entité a été pensée dès sa création pour porter, à terme, une activité de robotaxi et non une simple mission de recherche ou de veille réglementaire.
Cela ne signifie toutefois pas qu’un lancement commercial est imminent. Comme le rappellent plusieurs observateurs du secteur, la création d’une filiale locale est une étape classique et nécessaire avant toute embauche, importation de véhicules ou démarche auprès des autorités mais elle précède généralement de plusieurs mois, voire de plusieurs années, un déploiement effectif.
La France, un cadre légal déjà favorable aux robotaxis
Le choix de la France n’a rien d’anodin sur le plan réglementaire. Depuis septembre 2022, l’Ordonnance n° 2021-443 autorise l’exploitation commerciale de véhicules de niveau 4 c’est-à-dire capables de circuler sans conducteur dans des zones opérationnelles définies. La France figure ainsi parmi les rares juridictions européennes où un déploiement commercial de robotaxis est, en théorie, déjà légalement possible. L’entreprise chinoise WeRide exploite d’ailleurs déjà une navette sans chauffeur à Valence dans ce cadre.
Ce socle juridique distingue la France d’autres marchés européens où le cadre reste plus flou, et pourrait expliquer pourquoi Waymo y a choisi d’ancrer une filiale à l’objet social aussi explicite.
Paris rejoint Munich, Madrid et Amsterdam
Le dépôt parisien ne constitue pas un cas isolé. En l’espace de quelques semaines, en mai et juin 2026, Waymo a multiplié les créations d’entités en Europe : Waymo Germany GmbH à Munich (immatriculée le 15 juin), Waymo Iberia SL à Madrid (enregistrée le 11 juin, avec un nom laissant entrevoir de futures ambitions au Portugal) et Waymo Netherlands B.V. à Amsterdam (enregistrée le 15 juin). Ces quatre dossiers dessinent les contours d’un déploiement continental encore embryonnaire, alors même que le tout premier service de Waymo hors des États-Unis, prévu à Londres, n’a pas encore ouvert.
Cette accélération européenne intervient dans un contexte de forte expansion pour l’entreprise. Aux États-Unis, Waymo revendique désormais plus de 500 000 courses payantes par semaine et vise le million de courses hebdomadaires d’ici la fin de l’année, avec un objectif affiché de un million de courses par semaine. L’entreprise s’appuie sur une levée de fonds de 16 milliards de dollars bouclée début 2026, valorisant Alphabet Waymo à 126 milliards de dollars et explicitement destinée à financer son expansion internationale.
Ce que Waymo a officiellement déclaré
Sollicitée par la presse spécialisée sur ses intentions précises dans chacun de ces pays, l’entreprise est restée prudente. Un porte-parole de Waymo a indiqué que le groupe avait des ambitions mondiales, avec des projets déjà engagés pour amener son service de VTC entièrement autonome à Londres et à Tokyo, précisant que l’entreprise engageait actuellement des discussions avec des responsables du monde entier pour présenter sa technologie. Aucune date, aucune liste de villes françaises n’a en revanche été communiquée à ce stade.
Quand pourrait débuter un service à Paris ?
Avant tout déploiement, Waymo devra composer avec un cadre réglementaire strict, obtenir des autorisations de test spécifiques et, très probablement, affronter une opposition des acteurs historiques du transport de personnes, taxis et VTC en tête. La capitale devra aussi composer avec une circulation dense, des infrastructures cyclables développées et une signalisation urbaine différente de celle des villes américaines où Waymo opère déjà, autant de facteurs qui compliquent généralement l’adaptation de la conduite autonome hors des États-Unis.
À ce stade, aucun calendrier n’a été rendu public. Mais l’enregistrement de Waymo France, conjugué à celui de ses filiales allemande, espagnole et néerlandaise, confirme que l’entreprise considère désormais l’Europe et Paris en particulier comme une pièce à part entière de sa stratégie mondiale. Reste à savoir si l’obstacle réglementaire et l’acceptabilité sociale suivront le même rythme que les démarches administratives.