Inauguration de la cale des Bois Noirs - L'île d'Yeu

La cale des Bois noirs a été inaugurée le 16 septembre par Yves Auvinet, président du conseil départemental. Historien de l’île, Maurice Esseul a évoqué à cette occasion la vie de la cale. Autrefois simple grève, appelée La Chaume, elle accueillit une batterie la première moitié du XIXe siècle. À l’orée du XXe siècle, des chantiers de construction et d’entretien des navires de pêche ainsi qu’un atelier de réparation mécanique s’installèrent en face. Dans sa partie supérieure était implanté un dépôt de bois, « Les bois noirs ».

Discours de Maurice Esseul

« L’endroit où nous sommes n’était à l’origine qu’une simple grève, appelée de nos jours « La cale », fermant à l’est le port.

Jusqu’à la fin du XIXe siècle, Port-Joinville ne possédait pas de quais de ceinture. Aussi, pour les marins, l’une des possibilités de rejoindre le chemin menant à Saint-Sauveur était de passer par la petite rue Forcée et de descendre, par le côté de la place La Pylaie, sur cette grève, que l’on appelait La Chaume. De là, ils pouvaient rejoindre la voie principale conduisant au sud de l’île.

Rien de particulier en ce lieu, me direz-vous ? Pourtant, au début de l’époque révolutionnaire, un évènement dramatique vint endeuiller cet endroit. En cette fin d’année 1792 la municipalité, venant d’apprendre que le bourg Saint-Sauveur avait planté le premier arbre de la Liberté, ne voulut pas être en reste. Aussi, décida t-elle que le port aurait alors le sien. On fixa l’évènement au 16 décembre suivant.

Le jour venu, la municipalité au complet, accompagnée de la population rassemblée, vint assister, ici, à la plantation de l’arbre symbolique. On accompagna l’opération d’une proclamation rendant un vibrant hommage aux vertus républicaines. Puis, selon l’usage, il fallut clore la cérémonie par une salve canonnière.

C’est alors que le préposé Pierre Cadou, désigné à cet effet, s’avança pour procéder au chargement de la pièce. A peine était-t-il sur le point de terminer l’opération que, par suite d’une malencontreuse manœuvre, il mit prématurément le feu à la poudre qui s’enflamma et provoqua une explosion. Profondément atteint, le malheureux succomba dans les heures qui suivirent. L’affaire fit grand bruit dans l’île. Aussi la municipalité ne manqua t-elle pas de subvenir aux frais de ses obsèques et d’accorder un secours à la famille éprouvée.

Les années passèrent. Puis, en 1804 un personnage important arriva sur l’île. Il s’agissait du général Bertrand, compagnon de Napoléon. Il était envoyé par l’empereur pour élaborer un plan de défense insulaire contre les invasions ennemies. C’est lui qui, jugeant que la défense du port n’était pas suffisante, préconisa d’établir en ce lieu une batterie, armée d’un canon de 18 et qui prit le nom de « Batterie de la Chaume ». Cette fortification était destinée à décourager l’entrée du port par l’est à un navire ennemi, tout en soutenant l’action du fort de La Chapelle qui défendait la face ouest du port.

Durant toute la présence de l’armée impériale sur l’île, la batterie remplit son office. Toutefois, à partir de la seconde moitié du XIXe siècle, la paix étant revenue sur nos côtes, on procéda à l’amélioration des infrastructures portuaires, qui modifièrent ainsi l’accès au port. La situation nouvelle rendait ainsi inutile le maintien en fonction de la batterie.

 

Aussi, dès 1833, la municipalité de l’île, jugeant que l’ouvrage en question souffrait d’un manque d’entretien, demanda au ministre l’autorisation d’édifier sur le terrain de la Chaume une école d’enseignement mutuel. Mais la direction du génie militaire, consultée, ayant assorti son accord de restrictions contraignantes, le projet ne reçut aucun commencement d’exécution.

C’est alors que la commission de défense des côtes, saisie de nouveau par la commune, obtint en 1841, du ministre de la Marine, le déclassement de la batterie de la Chaume. Mais en avril 1857, la mise en sommeil de l’ouvrage durait encore. C’est alors que, la municipalité, impatiente, demanda fermement au ministre de concéder à la commune le terrain de la batterie désaffectée, lui rappelant qu’en 1804 l’autorité militaire l’avait expropriée, sans contrepartie d’une quelconque indemnité.

L’appel fut entendu. Et, en 1859, la batterie de la Chaume fut aliénée et le terrain remis à la commune de l’île d’Yeu.

 

Alors, de la fin du XIXe siècle au début du XXe siècle, on vit s’implanter, face à la grève, un ensemble de chantiers de construction et d’entretien de navires de pêche, en bois, ainsi qu’un atelier de réparations mécaniques.

Tandis qu’au palier supérieur du terrain, l’administration des Ponts et Chaussées entretenait un dépôt de bois « Les bois noirs », qui longeait le chemin menant au quai adjacent, ce quai que l’on avait nommé « Vernier » en souvenir de la célèbre propriétaire du lieu qui, durant son existence, avait occupé et entretenu l’arrière partie du port, d’où partait la nouvelle enceinte portuaire. Cette enceinte qui, dans les années 1980, allait laisser la place au nouveau quai où est actuellement implantée notre gare maritime.

 

Voila, Mesdames et Messieurs, un aperçu de l’histoire de ce lieu où ce magnifique square déjà adopté, tant par les Islais que par nos visiteurs, donne maintenant à notre arrière port une nouvelle parure ».

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Commentaires : 2
  • #1

    panier (vendredi, 06 novembre 2015 00:29)

    excellent article .continuez de nous rappeler l histoire de l ile

  • #2

    maoya (jeudi, 04 février 2016 20:03)

    Bonjour

    Merci à vous de nous enrichir sur le passé de notre Ile trop méconnu par ma génération