Inquiétudes marins de l'île d'Yeu pour le merlu

Jeudi 5 juin, Eric Taraud, responsable de l'antenne du port de l'Ile d'Yeu au sein du Comité régional des pêches, a écrit à son président José Jouneau, pour l'alerter d'une situation préoccupante. « Nous sommes victimes d'un phénomène de dégradation des fonds. Nos filets fixes de fond se chargent d'une matière "marron", additionnée à des milliers de salpes (animal gélatineux de 1 à 5 cm) qui rendent nos engins de pêche complètement inopérants. Les bateaux ont, depuis quelques semaines, changés de parage pour éviter les zones à risque. »

 

Tout le golfe de Gascogne

 

Ce phénomène ne concerne pas que les marins du nord du golfe de Gascogne. Identifiée depuis une dizaine d'années au sud de l'Aquitaine, cette matière marron dite « liga » est en fait « composée d’organismes (bactéries, phytoplancton, zooplancton, larves, œufs, vers, débris continentaux, végétaux…) d’origine variée, marine, continentale (cours d’eau), pélagique et benthique » selon l'Observatoire de la côte Aquitaine.

Pour l'île d'Yeu, depuis l'interdiction de la pêche au requin-taupe qui permettait de ne pas concentrer tous les bateaux de pêche au large sur le plateau continental au printemps, la pêcherie de merlu est la plus importante. Sur les onze navires hauturiers, une unité pratique le rouget très dépendant du beau temps, trois bateaux sont concentrés sur la lotte qui se pêche aux accores des fonds, tandis que les huit autres se répartissent le quota de merlu qui l'an dernier a représenté 1.274 tonnes débarquées. Pour Eric Taraud, « le poisson est bien là, mais avec ce « liga » nos filets sont alourdis et collés au fond ce qui rend impossible la pêche au merlu. »

 

De nouveaux débouchés commerciaux

 

Les insulaires n'avaient pas besoin de ce problème sur une pêcherie de merlu dont le marché est particulièrement compliqué. Afin de ne pas surcharger la criée des Sables où ils débarquent le plus gros de leurs captures, les Islais s'organisent et se limitent dans leur pêche pour espérer maintenir ainsi des cours viables. Actuellement, plusieurs navires sont en carénage pour ne pas concentrer toute la flottille sur le merlu. La crainte est évidemment que ce problème perdure et qu'une fois tous les navires en activité, les marées ne soient plus rentables alors que des débouchés nouveaux se développent comme les collectifs de consommateurs de l'agglomération nantaise ou les 260 restaurants de l'enseigne Flunch.

 

Du jamais vu en 30 ans !

 

Eric Taraud le confirme dans son courrier à José Jouneau, « force est de constater que cette dégradation des fonds touche un espace immense allant jusqu'à la ligne de sonde des 120 mètres. Du Sud de Rochebonne au sud Bretagne, c'est la même chose. Nous avons l'impression que le phénomène s'amplifie. La situation est donc préoccupante car on ne sait pas combien de temps ce phénomène va perdurer. Lundi (9 juin, ndlr), le Mirador sort en mer pour faire des prélèvements que nous enverrons à Ifremer. Nous vous demandons d'alerter les services de l'Etat ainsi qu'Ifremer. Je ne te cache mon inquiétude quant à la situation, car je n'ai jamais vu cela en 30 ans de carrière. » 

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