Les pêcheurs islais bloquent les bulletins !

 

Dimanche 6 mai, une petite trentaine de marins-pêcheurs des navires pratiquant la pêche au requin-taupe ont empêché la communication des résultats électoraux de l'île d'Yeu vers la Préfecture. Souhaitant ainsi exprimer leur colère contre un récent courrier de la Commissaire européenne à la pêche, Maria Damanaki, les marins se sont pacifiquement installés dans la salle du conseil municipal. Les téléphones portables sont ensuite rapidement entrés en action.

 

Car l'enjeu n'était pas de « prendre le vote des Islais en otage » comme l'a dit l'un des interlocuteurs téléphoniques d'Eric Taraud, le président du comité local. Il s'agissait de se faire entendre face à la langue de bois maniée par Maria Damanaki. Dans sa lettre à Bruno Retailleau, la Commissaire européenne s'appuie sur l'avis du Conseil international pour l'exploration de la mer (CIEM) selon lequel le stock de requin-taupe se trouverait « dans un état préoccupant. » Alors même que malgré la diminution du nombre de bateaux qui le cible, ce poisson très difficile à localiser a toujours été pêché dans les mêmes quantités par bateau. Ce qu'un chercheur de l'Ifremer a d'ailleurs admis être « un signe d'abondance. » Maria Damanaki suggère aussi implicitement de détruire des navires au nom de « l'ajustement de l'effort de pêche. »

 

Mais surtout, elle renvoie les requêtes des pêcheurs insulaires au niveau national : « ces cinq navires devraient envisager un redéploiement sur des espèces dans un bon état de conservation et à même de soutenir durablement leur activité. Dans cette optique, les autorités françaises sont compétentes pour ce qui concerne la conception d'une solution alternative et durable. » C'est bien le problème pour les marins de l'île d'Yeu dont l'Organisation de producteurs (OP) qui dispose des quotas est la plus petite de France : vers quelles espèces se reporter ? Le quota de sole est trop faible, tout comme celui de thon rouge et celui de lotte ; le gros quota de thon blanc est en partie « inutile » car ce poisson est difficile à pêcher ces dernières années et il permet peu d'échanges avec d'autres OP; le merlu foisonne mais la concentration de la flottille sur cette espèce fait chuter les cours...

 

Si les marins sont effectivement parvenus à empêcher l'envoi des bulletins sur le Continent, provoquant ainsi la colère du Préfet, vers 22h, ils ont accepté que ceux-ci soient communiqués par téléphone contre la promesse d'une rencontre avec Philippe Mauguin, Directeur des pêches et de l’aquaculture du ministère de l’agriculture. Celle-ci aura finalement lieu vendredi 11 mai à la Préfecture de Région à Nantes. D'autres actions pourraient être organisées dans la semaine.

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